Lorsqu’on parle de porte blindée en France, deux référentiels reviennent souvent : A2P BP1, BP2 ou BP3, d’un côté, et EN 1627 – RC3, RC4, RC5, de l’autre. Pour le client final, la différence n’est pas toujours évidente. Pour un fabricant, en revanche, elle est considérable.
L’A2P est une certification française de produit, délivrée par le CNPP. La série EN 1627 à EN 1630 constitue quant à elle un ensemble de normes européennes relatives à la classification et aux méthodes d’essai de la résistance à l’effraction. Les deux approches ont leur intérêt. Mais lorsqu’un fabricant travaille en France et à l’étranger, la norme européenne EN 1627 présente un avantage évident : elle s’inscrit dans un référentiel européen directement compréhensible par les prescripteurs, laboratoires et clients de nombreux pays. Et surtout, il faut éviter une confusion très répandue : A2P BP1 n’est pas officiellement égal à EN 1627 RC3, A2P BP2 n’est pas officiellement égal à RC4…
Ces rapprochements que l’on voit régulièrement dans les catalogues commerciaux sont au mieux des correspondances pratiques ou empiriques. Ils ne constituent pas une équivalence normative.
A2P : une certification de produit développée autour du marché français
A2P signifie “Assurance Prévention Protection”. La certification est délivrée par le CNPP et concerne différents équipements de sécurité. Pour les blocs-portes habitat, le CNPP distingue trois niveaux : A2P BP1, A2P BP2 et A2P BP3. Le principe est celui d’un ensemble complet et indissociable : porte, huisserie, organes de pivotement, serrure, cylindre, clé et autres éléments entrant dans la configuration certifiée.
Le CNPP précise lui-même que chaque référence de produit est certifiée individuellement et que le maintien de la certification implique notamment des contrôles périodiques de la fabrication. Cette logique est importante : l’objectif n’est pas seulement de dire “cet exemplaire a résisté à un essai”. La certification cherche également à vérifier que le produit fabriqué en série reste conforme au produit testé. Sur ce point, l’A2P possède une véritable logique de certification industrielle.
Le problème est ailleurs : pour un fabricant qui vend sur plusieurs marchés, il peut être nécessaire de faire certifier son produit selon différents référentiels alors que des essais européens existent déjà et sont largement utilisés hors de France. C’est là que les choses commencent à devenir particulièrement intéressantes.
EN 1627 : une classification européenne de la résistance à l’effraction
La norme EN 1627 définit les exigences et les systèmes de classification relatifs à la résistance à l’effraction des blocs-portes, fenêtres, façades-rideaux, grilles et fermetures. La version actuellement publiée en France est la NF EN 1627:2021, qui correspond à la norme européenne EN 1627:2021. Elle classe notamment les produits selon différentes classes de résistance, désignées RC pour “Resistance Class”. On retrouve notamment : RC2, RC3, RC4, RC5 et RC6. La classification ne repose pas simplement sur un nombre de minutes annoncé commercialement. Elle prend en compte une combinaison de paramètres liés notamment aux outils employés, aux méthodes d’attaque et aux résultats des essais.
La série EN 1627 à EN 1630 fonctionne avec plusieurs méthodes d’essai complémentaires :
- EN 1628 : essai de charge statique
- EN 1629 : essai de charge dynamique
- EN 1630 : essai de résistance aux tentatives manuelles d’effraction
La série EN 1627–1630 constitue donc un référentiel européen cohérent permettant de caractériser et de classer la résistance à l’effraction d’un produit.
A2P BP1, BP2, BP3 : pourquoi il ne faut pas parler d’équivalence avec RC3, RC4 et RC5
C’est probablement l’un des points les plus importants à comprendre. On voit régulièrement des tableaux commerciaux du type :
| Certification A2P | Classe EN 1627 souvent associée |
|---|---|
| A2P BP1 | RC3 |
| A2P BP2 | RC4 |
| A2P BP3 | RC5 |
Ce tableau peut être utile pour donner un ordre de grandeur à un client. C’est une correspondance empirique mais en rien une table d’équivalence normative officielle. Il n’existe pas de règle disant : BP1 = RC3, BP2 = RC4 et BP3 = RC5. Les deux référentiels n’ont pas été construits comme deux échelles strictement superposables. Ils définissent leurs propres niveaux, leurs propres exigences et leurs propres modalités d’évaluation. Dire qu’une porte est “A2P BP2 donc RC4” sans disposer du classement EN 1627 correspondant au produit testé est donc une simplification abusive. Inversement, une porte testée et classée RC4 selon EN 1627 ne devient pas automatiquement A2P BP2. Une certification n’est pas une conversion mathématique vers une autre certification. C’est particulièrement important dans les appels d’offres, les cahiers des charges et les dossiers d’exportation.
Le cas très révélateur des “serrures A2P”
Cette distinction devient encore plus évidente lorsqu’on parle de serrures et de cylindres. Imaginons un client qui demande : “Je veux une porte blindée avec un cylindre A2P.” Très bien. Mais cela ne signifie absolument pas que la porte complète sera A2P. Pourquoi ? Parce que le certificat A2P d’un bloc-porte porte sur un ensemble et non sur un simple assemblage théorique de composants certifiés.
Le CNPP précise que les blocs-portes couverts par cette certification sont des ensembles complets et indissociables comprenant notamment la porte, l’huisserie, les organes de pivotement, le cylindre, la clé et la serrure. Un cylindre certifié A2P installé sur une porte qui n’est pas elle-même certifiée A2P ne transforme donc pas cette porte en bloc-porte A2P. C’est pourtant une confusion que l’on rencontre régulièrement. C’est un peu comme installer le moteur d’une voiture homologuée dans un autre véhicule et annoncer que l’ensemble bénéficie automatiquement de l’homologation du constructeur. La logique de certification ne fonctionne pas ainsi.
Pourquoi cela peut devenir un problème pour un fabricant
Prenons un fabricant qui développe une porte technique destinée à plusieurs marchés européens. Il peut faire tester son produit selon EN 1627 et obtenir, par exemple, une classification RC4. Pour un client allemand, belge, polonais, lituanien ou autre, la référence à une norme européenne constitue immédiatement une base technique compréhensible.
Le fabricant peut également s’appuyer sur les méthodes d’essai EN 1628, EN 1629 et EN 1630. Le référentiel est donc particulièrement adapté à une logique de marché européen. Mais si un marché français, un assureur ou un prescripteur exige spécifiquement A2P, le fabricant peut devoir engager une démarche de certification supplémentaire. Et c’est ici que le fabricant peut avoir le sentiment de payer deux fois pour démontrer une performance de sécurité proche, alors que les référentiels ne sont pourtant pas juridiquement interchangeables. Ce n’est pas nécessairement une critique de la qualité technique des essais A2P. C’est une question de multiplication des référentiels de certification. Pour une PME industrielle qui développe des portes blindées en petites séries ou sur mesure, le coût cumulé des essais, des échantillons, des déplacements, de la préparation documentaire, des audits et du maintien des certifications peut rapidement devenir significatif.
L’A2P n’est d’ailleurs pas simplement “un test en laboratoire”
C’est un autre point sur lequel il faut rendre justice au système A2P. Dire que l’A2P serait simplement un test réalisé une fois dans un laboratoire serait inexact. Le CNPP indique que la certification repose sur des essais en laboratoire, un audit du ou des sites de fabrication et des contrôles périodiques destinés au maintien de la certification. Cette logique apporte une garantie intéressante concernant la maîtrise de la fabrication et la reproductibilité du produit certifié. Autrement dit, lorsqu’un fabricant annonce uniquement : “Notre porte a été testée.” il faut immédiatement demander : “Qu’a-t-elle été testée à faire, selon quel référentiel, et qu’est-ce qui garantit que les portes fabriquées ensuite sont identiques à l’échantillon testé ?” Cette question est valable aussi bien pour l’A2P que pour une démarche fondée sur EN 1627.
Alors, l’A2P est-elle “franco-française” ?
Il faut ici être précis. L’A2P est une certification portée par le CNPP et historiquement très implantée dans l’écosystème français, notamment dans le secteur de l’assurance et de la sécurité. Mais ce n’est pas une norme européenne. À l’inverse, EN 1627 est une norme européenne, reprise dans les catalogues nationaux sous la forme NF EN 1627 en France. Il serait donc plus juste de dire que : l’A2P est un référentiel de certification fortement implanté dans l’écosystème français, tandis que l’EN 1627 constitue un référentiel européen de classification de la résistance à l’effraction. La nuance est importante. Car “certification française” ne signifie pas “certification techniquement inférieure”. Et “norme européenne” ne signifie pas non plus “automatiquement meilleure”. Il s’agit de deux logiques différentes.
Pourquoi l’EN 1627 est particulièrement intéressante pour l’export
Pour un fabricant français qui souhaite vendre ses portes en Europe, la référence à EN 1627 présente un avantage commercial évident. Un cahier des charges qui demande : “Door set, RC4 according to EN 1627” est immédiatement compréhensible par un grand nombre d’acteurs européens. Le fabricant peut également s’appuyer sur les méthodes d’essai de la série EN 1628, EN 1629 et EN 1630. Le référentiel est donc particulièrement adapté à une logique de marché européen. C’est exactement l’intérêt d’une norme européenne : permettre aux fabricants, prescripteurs, bureaux d’études et acheteurs de parler le même langage technique. Pour une entreprise française qui exporte, c’est un avantage considérable.
L’A2P a-t-elle pour autant disparu ?
Non, il serait faux de le prétendre mais de plus en plus de fabricants semblent la délaisser. Le CNPP continue de publier et de maintenir une liste importante de produits certifiés A2P. L’A2P conserve donc une place importante sur le marché français. Elle est particulièrement pertinente lorsque le cahier des charges, le contrat d’assurance ou le prescripteur exige explicitement cette certification. Mais cela ne signifie pas que tous les marchés ont besoin de l’A2P. Et surtout, il faut distinguer la demande du marché français de celle d’un projet international. Un fabricant qui vend exclusivement des portes blindées résidentielles en France peut avoir intérêt à disposer d’une gamme A2P. Un fabricant de portes techniques, de portes pour locaux industriels, de portes militaires ou de solutions de haute sécurité destinées à plusieurs pays peut avoir d’autres priorités de certification.
Une précision intéressante : le CNPP utilise lui-même EN 1627
Le sujet devient encore plus intéressant lorsqu’on regarde les certifications A2P destinées aux locaux techniques. Le CNPP indique que cette certification s’appuie sur quatre classes de résistance exprimées selon EN 1627 : A2P CR3, A2P CR4, A2P CR5 et A2P CR6. Le référentiel intègre également les normes européennes EN 1627, EN 1628 et EN 1630 pour les essais en laboratoire ainsi que des contrôles réguliers de fabrication. Cela montre bien que l’opposition “A2P contre EN 1627” est en réalité trop simpliste. Le CNPP lui-même utilise les normes européennes dans certaines de ses certifications A2P. La véritable question est donc plutôt :
ai-je besoin de la certification A2P en plus de ma classification EN 1627, ou la classification européenne répond-elle déjà au besoin du projet ?
Pourquoi certains fabricants préfèrent aujourd’hui privilégier les référentiels européens
Pour un fabricant qui travaille à l’international, chaque certification supplémentaire représente un coût. Mais ce n’est pas seulement une question d’argent. Il faut également gérer :
- Les variantes de produits
- Les systèmes de verrouillage et les cylindres
- Les variante de tailles
- Les paumelles
- Les accessoires
- les modifications de fabrication
- Les audits, renouvellements et documentations…
Plus une gamme est personnalisée, plus cette gestion devient complexe. Il est donc compréhensible qu’un fabricant privilégie un référentiel européen lorsqu’il lui permet de répondre à plusieurs marchés avec une même base technique, d’autant que le maintien d’une certification représente une démarche continue qui est coûteuse en procédures, temps et argent.
Notre position de fabricant
Chez Bünkl, nous préférons donc parler de performances réellement documentées plutôt que d’empiler les logos sur une fiche commerciale. Pour un projet européen ou international, la classification selon EN 1627 constitue souvent une base beaucoup plus naturelle pour dialoguer avec les prescripteurs et les clients étrangers. Et surtout, il faut éviter de présenter l’A2P comme une simple équivalence française des classes européennes. Ces rapprochements peuvent être rencontrés dans le commerce, mais ils ne constituent pas une table de conversion normative. La bonne pratique consiste à regarder le certificat, le rapport d’essai, la configuration testée et le référentiel réellement applicable au projet.