Le dernier film français “Jupiter”, réalisé par Alexandre Smia et prévu en salles le 18 novembre 2026 après sa présentation hors compétition à la Mostra de Venise, place le spectateur au cœur du Poste de commandement Jupiter, ce bunker mythique sous l’Élysée*.
Fraîchement élu, le président Paul Archambault (Denis Ménochet) se retrouve confronté à une crise nucléaire majeure : son homologue russe, cible d’un attentat, brandit un ultimatum menaçant un allié de la France. L’état-major se réunit dans le secret absolu. La décision vertigineuse incombe au chef de l’État. Thriller politique réaliste, le film interroge la solitude du pouvoir et le poids de la dissuasion nucléaire.
Quelques mois plus tôt, en novembre 2025, le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, avait provoqué un choc en s’adressant aux maires de France. Face à une éventuelle confrontation à l’horizon 2030, il avait appelé à retrouver une “force d’âme” collective : accepter de se faire mal pour protéger ce que l’on est, y compris “accepter de perdre ses enfants”. Des propos choquants pour tous ceux qui ont des enfants mais parfaitement assumés dans la logique militaire. Le pays, selon lui, dispose des moyens matériels et démographiques. Ce qui lui manque, c’est la disposition morale au sacrifice.
Le parallèle est saisissant. D’un côté, la parole officielle du plus haut gradé de l’armée française qui rappelle aux élus – et, à travers eux, aux Français – que la guerre n’est plus une hypothèse abstraite et que la protection de la nation peut exiger le prix du sang. De l’autre, un film de fiction qui met en scène, avec un réalisme presque clinique, le moment où un président français doit décider s’il appuie ou non sur le bouton nucléaire face à Moscou. Si l’on voulait préparer l’esprit des Français à l’éventualité d’une confrontation avec l’ours russe, on ne s’y prendrait pas mieux. Le cinéma grand public, par la force de l’image et de l’identification, fait entrer dans les foyers ce que les discours institutionnels peinent parfois à faire entendre sans déclencher de polémique.
On peut y voir une propagande grossière ou un hasard total. Les sociétés démocratiques ne se mobilisent plus seulement par décret. Quand un État envisage sérieusement l’hypothèse d’un conflit de haute intensité, il a d’abord besoin de l’adhésion du peuple. Sans cette acceptation diffuse du risque et du sacrifice possible, la dissuasion elle-même perd de sa crédibilité. “Jupiter” et les déclarations du général Mandon s’inscrivent dans le même mouvement : celui d’une prise de conscience progressive d’une guerre avec la Russie. Il est encore temps de se préparer, pour peu que l’on veuille bien regarder la vérité en face. La menace existe, les moyens de se protéger aussi.
* Jupiter : le lieu lui-même n’est pas pure invention. Le véritable PC Jupiter se trouve sous l’aile est du palais de l’Élysée. Construit en 1940 comme abri antiaérien sous la présidence d’Albert Lebrun, il a été transformé en poste de commandement stratégique en 1978 par Valéry Giscard d’Estaing, horrifié de découvrir que les outils de déclenchement de l’arme nucléaire se trouvaient simplement dans une armoire en fer au rez-de-chaussée. D’une surface d’environ 280 m², il est souvent présenté comme situé à 70 mètres sous terre — chiffre spectaculaire véhiculé dès la guerre froide — même si des sources plus récentes indiquent une profondeur réelle plus proche de 8 à 10 mètres.