Le sujet est réel, documenté, mais souvent mal compris. Le risque principal d’une “bombe sale” (engin de dispersion radiologique) ne réside pas dans une destruction massive comparable à une arme nucléaire, mais dans un impact psychologique, économique et sanitaire localisé, potentiellement amplifié par la contamination de l’air ou de certaines chaînes d’approvisionnement.
Un risque suivi de près par les autorités internationales
Depuis les années 1990, le trafic et la perte de sources radioactives font l’objet d’un suivi systématique par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), via sa base de données “Incident and Trafficking Database” (ITDB).
- Plus de 4000 incidents confirmés impliquant des matières nucléaires ou radioactives depuis 1993.
- Environ 100 à 150 incidents par an ces dernières années.
- Une part significative concerne des sources dites “orphelines” (perdues, volées ou abandonnées).
Une minorité de ces incidents concerne des tentatives de trafic criminel organisé, tandis qu’une proportion importante implique des sources médicales ou industrielles mal sécurisées. Europol et la Commission européenne considèrent que le risque en Europe est faible mais non nul, notamment en raison du grand nombre de sources en circulation dans l’industrie et la médecine.
Quelles sources sont concernées ?
Les substances les plus souvent impliquées dans les pertes ou vols sont :
- Césium-137 (hôpitaux, irradiateurs)
- Cobalt-60 (radiothérapie, industrie)
- Iridium-192 (contrôle industriel)
- Américium-241 (détecteurs, instruments)
On distingue deux catégories principales :
- Sources scellées : encapsulées, limitant la dispersion immédiate.
- Sources non scellées : sous forme de poudre ou liquide, beaucoup plus dangereuses en cas de dissémination.
Les sources non scellées présentent un risque accru de contamination de l’air et des surfaces, avec des conséquences possibles sur la chaîne alimentaire.
Des cas réels de pertes et de contaminations
Plusieurs événements illustrent les risques :
- Incident de Goiânia (Brésil, 1987) : contamination massive après récupération d’une source de césium-137.
- Cas récurrents en Europe de l’Est : récupération de sources dans des décharges ou anciens sites industriels.
- Vols d’équipements de radiographie industrielle en Europe occidentale.
La majorité des incidents provient de défaillances de gestion plutôt que d’intentions malveillantes, mais ils démontrent la faisabilité matérielle d’une dispersion.
Arrestations et trafic criminel
Les arrestations liées à des matières radioactives existent mais restent limitées :
- Quelques dizaines de cas documentés impliquant des tentatives de vente illégale.
- Majoritairement des quantités faibles ou non exploitables.
- Intérêt criminel plus marqué pour les matériaux nucléaires fissiles.
Selon Interpol, le risque principal repose sur des vols opportunistes combinés à une mauvaise sécurisation des sources.
La “bombe sale” : un outil de terreur
Une bombe sale consiste à disperser un matériau radioactif à l’aide d’un explosif conventionnel. Les effets attendus incluent :
- Contamination localisée de l’air et des surfaces
- Évacuation prolongée de zones urbaines
- Coûts de décontamination élevés
- Impact psychologique majeur
Les études indiquent que les doses reçues seraient souvent modérées pour la majorité des personnes, mais que la perception du risque entraînerait des réactions disproportionnées.
Risques pour la chaîne alimentaire et l’air
Le scénario le plus préoccupant est celui d’une dispersion discrète :
- Contamination de l’air par inhalation de particules
- Dépôt sur les sols agricoles
- Contamination indirecte de l’eau
Cependant, une contamination massive et durable de la chaîne alimentaire en Europe reste peu probable sans quantités importantes de matière radioactive.
Situation en France et en Europe
En France, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) supervise plusieurs milliers de sources radioactives utilisées dans :
- Les hôpitaux
- L’industrie
- La recherche
Les incidents déclarés sont rares et majoritairement liés à des pertes temporaires ou des erreurs de gestion.
Se protéger : confinement et filtration
La protection repose sur trois principes :
- Se mettre à l’abri (confinement)
- Réduire l’exposition
- Éviter l’inhalation et l’ingestion
La contamination par l’air étant un vecteur critique, les systèmes de filtration NRBC permettent :
- De limiter l’entrée de particules radioactives
- De maintenir un environnement intérieur contrôlé
- De réduire l’exposition interne
Conclusion
Les données disponibles montrent que les vols et pertes de sources radioactives existent et sont documentés. Leur utilisation dans un attentat reste peu probable mais plausible, avec un objectif principalement psychologique et économique.
Le risque impose une approche rationnelle fondée sur la surveillance, la prévention et, dans certains cas, la mise en place de solutions de confinement et de filtration adaptées.