Lorsque l’on évoque la radioactivité, les mêmes images reviennent presque systématiquement : les centrales nucléaires, les armes atomiques, Tchernobyl ou Fukushima. Pourtant, ces installations ne représentent qu’une partie des situations où des matières radioactives sont utilisées. Depuis plusieurs décennies, des milliers de sources radioactives scellées sont employées dans l’industrie, la médecine, la recherche ou certaines infrastructures. Elles sont présentes dans des équipements dont la plupart des personnes ignorent totalement l’existence. les paratonnerres radioactif en font partie. Il s’en est installé près de 30000 en France entre les années 1932-1986.
Une source radioactive n’est pas une arme nucléaire
La première idée reçue consiste à assimiler toute matière radioactive à une bombe atomique ou à un combustible nucléaire. En réalité, il s’agit de technologies totalement différentes. Une source radioactive scellée est constituée d’un radionucléide encapsulé dans une enveloppe métallique étanche, généralement en acier inoxydable. Cette capsule est conçue pour empêcher toute dispersion de matière radioactive pendant son utilisation normale. Contrairement à l’uranium enrichi ou au plutonium employés dans certaines installations nucléaires, ces sources ne peuvent pas entretenir une réaction nucléaire en chaîne. Elles se contentent d’émettre un rayonnement provenant de leur désintégration naturelle. Le niveau de risque dépend principalement du radionucléide utilisé, de son activité radioactive, exprimée en becquerels, du type de rayonnement émis (alpha, bêta ou gamma), de la distance entre la source et une personne, de la durée d’exposition, de l’intégrité de la capsule contenant la matière radioactive (lire sur le même sujet le principe temps/écran/distance).
Pourquoi installait-on des éléments radioactifs sur les paratonnerres ?
À partir des années 1930, plusieurs fabricants développent des paratonnerres contenant une faible quantité de matière radioactive. L’objectif est alors d’améliorer la protection contre la foudre. Le principe repose sur un phénomène physique appelé ionisation de l’air. Les particules émises par la source radioactive créent des ions autour de la pointe du paratonnerre, rendant l’air légèrement plus conducteur. À l’époque, de nombreux chercheurs pensent que cette ionisation facilite l’amorçage de la décharge électrique atmosphérique et augmente ainsi l’efficacité du paratonnerre. Cette théorie conduit à l’installation de plusieurs dizaines de milliers d’appareils dans le monde.
Quels radionucléides étaient utilisés ?
Les modèles commercialisés n’utilisaient pas tous le même isotope radioactif. Le radium-226 est largement employé dans les premiers modèles. Issu de la chaîne de désintégration de l’uranium, il possède une demi-vie d’environ 1600 ans. Il émet principalement des particules alpha mais également un rayonnement gamma. Sa désintégration produit aussi du radon-222, un gaz radioactif naturellement présent dans certaines régions granitiques. Cette très longue demi-vie explique que les appareils installés il y a plus de soixante ans demeurent encore aujourd’hui radioactifs.
Puis à partir des années 1960, certains fabricants adoptent l’américium-241 (Am-241). Cet isotope artificiel, produit dans les réacteurs nucléaires, possède une demi-vie d’environ 432 ans. Il émet essentiellement des particules alpha et une faible composante gamma. L’américium-241 est également connu pour être utilisé dans certains détecteurs autonomes avertisseurs de fumée ioniques commercialisés jusqu’au début des années 2000.
Pourquoi ces équipements ont-ils disparu ?
Les études scientifiques menées à partir des années 1970 montrent que les performances des paratonnerres radioactifs ne sont pas supérieures à celles des paratonnerres classiques de type Franklin. Le bénéfice attendu ne justifie plus la présence de matières radioactives sur des bâtiments civils. La France interdit progressivement leur installation puis organise leur retrait. Aujourd’hui, toute intervention sur un ancien paratonnerre radioactif est strictement encadrée par la réglementation relative aux sources radioactives scellées.
En trouve-t-on encore en France ?
Malgré plusieurs campagnes de dépose, certains équipements subsistent encore sur des bâtiments anciens. Ils peuvent notamment être présents sur des usines, des silos agricoles, des châteaux d’eau, des bâtiments communaux, des établissements scolaires, des édifices religieux et d’anciens sites militaires. Dans de nombreux cas, leur présence n’apparaît plus dans les archives techniques du bâtiment.
Ses paratonnerres présentent-ils un danger ?
Lorsqu’ils sont intacts et correctement installés, ces équipements présentent généralement un niveau de risque très faible pour les occupants. Le danger apparaît essentiellement lors de travaux de rénovation, de démolition ou de démontage réalisés sans avoir identifié la présence de la source radioactive. Une découpe mécanique, un incendie ou une détérioration de la capsule peuvent entraîner la dispersion de matière radioactive et nécessiter l’intervention de spécialistes de la radioprotection. C’est pourquoi leur dépose est réservée à des entreprises disposant des autorisations nécessaires. En réalité, les paratonnerres ne représentent qu’une infime partie des sources radioactives scellées présentes dans notre environnement. Ces dernières sont largement utilisées dans de nombreux secteurs d’activité dont :
Industrie
Les jauges nucléaires permettent de mesurer en continu l’épaisseur d’une tôle, la densité d’un matériau, le niveau d’une cuve ou encore le débit de certaines installations industrielles. Elles utilisent fréquemment du césium-137, du cobalt-60 ou de l’américium-241.
Le contrôle non destructif des structures métalliques
Les gammagraphes industriels emploient généralement de l’iridium-192 ou du sélénium-75 afin d’inspecter les soudures de pipelines, de réservoirs ou de structures métalliques sans les détériorer.
La médecine
La radiothérapie et certaines techniques de curiethérapie utilisent des sources de très forte activité afin de traiter différents cancers.
la recherche scientifique
Les laboratoires, universités et centres de recherche utilisent quotidiennement des radionucléides dans le cadre d’analyses, d’expériences ou d’étalonnages d’instruments de mesure.
Le risque des “sources orphelines”
Les autorités de sûreté nucléaire surveillent particulièrement les sources orphelines, c’est-à-dire des sources radioactives perdues, abandonnées, volées ou dont le propriétaire n’est plus identifié (lire notre article sur le vol sources radioactives. Lorsqu’elles échappent aux circuits réglementaires, elles peuvent être accidentellement envoyées dans une filière de recyclage des métaux ou découvertes par des particuliers ignorant totalement leur nature. L’accident de Goiânia, au Brésil, en 1987, demeure l’exemple le plus connu. Une source de césium-137 provenant d’un ancien appareil médical est récupérée par des ferrailleurs puis ouverte. La poudre radioactive est manipulée pendant plusieurs jours, provoquant quatre décès et la contamination de plusieurs centaines de personnes.
Que faire si vous découvrez un ancien paratonnerre radioactif ?
Il est fortement déconseillé de tenter de le démonter, de le déplacer ou de le découper. La bonne démarche consiste à faire identifier l’équipement par un professionnel compétent, qui pourra vérifier sa nature et organiser, si nécessaire, son enlèvement conformément à la réglementation en vigueur.
Une menace souvent méconnue
Les installations nucléaires attirent naturellement l’attention du public, mais elles ne constituent pas les seules situations où des matières radioactives sont présentes. Chaque jour, des milliers de sources radioactives scellées sont utilisées dans les secteurs industriel, médical ou scientifique. Leur gestion est aujourd’hui extrêmement réglementée et les incidents demeurent rares. La découverte régulière d’anciens paratonnerres radioactifs rappelle toutefois qu’une partie de ce patrimoine technique subsiste encore sur le territoire. Connaître leur existence permet d’éviter des manipulations inappropriées lors de travaux et de mieux comprendre que le risque radiologique ne se limite pas aux centrales nucléaires ou aux armes atomiques.
